Cléfs du Passé

Publié le par Blogsarah

Clé du passé

 

En replongeant au cœur de la tragédie du Vél d’Hiv, Tatiana de Rosnay réalise un roman poignant, au souffle aussi inouï qu’inoubliable.

 

Avec ses cheveux poivre et sel, et son élégance naturelle, Tatiana de Rosnay aime les mélanges. Française par son père et anglaise par sa mère, elle est parfaitement bilingue. Un double bagage qui fait qu’elle a grandi à Boston et Paris. Son «background familial est si varié » (russe et mauricien), qu’elle soutient que «ce melting-pot de sangs et de cultures m’a donné une ouverture d’esprit.» Petite fille, Tatiana dévore des livres, qui ne sont pas toujours de son âge. Elle prend la plume lors de l’anniversaire de sa maman. Coincée au lit, la fillette lui offre une histoire. Sa mère l’encourage à continuer. Journaliste et scénariste, la romancière avoue que «mon envie d’écrire me vient d’Anne Frank. Son journal m’a ouvert les yeux sur la Shoah.» Intriguée par la guerre et «par la symbolique des lieux tristes», Tatiana est frappée par une plaque commémorative. «Tout comme mon héroïne, je n’avais jamais entendu parler de la rafle du Vél d’Hiv à l’école. Aujourd’hui, le tabou persiste car, cette blessure tragique évoque encore la honte. Si j’ai écrit ce livre dans ma langue maternelle, c’est pour prendre une distance avec la France de 1942. Mon roman raconte l’histoire de deux personnes, qui n’étaient pas censées se rencontrer…» Chargée de couvrir la commémoration du Vélodrome d’Hiver, la journaliste américaine, Julia, découvre avec effroi la réalité du 16 juillet 1942. «Rappelons que la rafle s’est déroulée en plein jour, sous le nez de milliers de Parisiens. Pris par un excès de zèle, le gouvernement de Vichy a ordonné aux policiers français d’arrêter aussi les enfants juifs.» Ils avaient entre 2 et 12 ans. La plupart d’entre eux était née en France. Parmi ces 4000 enfants, se trouvait Sarah. Lorsque les gendarmes frappent à sa porte, elle ressent une menace. Désireuse d’épargner son petit frère, elle l’enferme dans un placard secret. Elle emporte la clé en lui promettant de revenir. Mais en quelques jours seulement, son monde s’écroule définitivement. «Elle va perdre son identité, son bonheur, sa religion et son enfance.» Face aux conditions déplorables du Vél d’Hiv, elle saisit l’impuissance de ses parents et la cruauté des hommes. Le comble de l’horreur survient lors de sa déportation vers le camp de transit de Beaune-la-Rolande. «Lors de cet épisode méconnu de l’histoire, les enfants ont été séparés de leurs parents.» Certains ont péri sur place, «d’autres sont partis seuls vers la mort. Comment a-t-on pu concevoir cela, alors qu’ils étaient condamnés à être gazés à leur arrivée à Auschwitz ?» Révoltée, Tatiana ne cache pas que ce roman «est ma façon de mettre mes pas dans ceux qui ont vécu ça. Issue d’une famille qui n’a pas connu la Shoah, je me dois de rester humble.» Quand certains s’étonnent qu’une non juive puisse rendre un tel hommage, elle estime que «même si je ne pourrais jamais ressentir une telle souffrance, il s’agit de notre histoire à tous !» Celle de Julia se retrouve étroitement mêlée à celle de Sarah, lorsqu’elle réalise que l’appartement de sa belle-famille, dans le Marais, était celui de la petite fille. Obsédée par son sort, la journaliste se jette corps et âme dans une enquête, qui va bousculer sa vie. «Bien qu’elle soit terrible, la vérité est absolument nécessaire, sinon il nous est impossible d’avancer.» Mais, nul ne sort indemne de cette expérience. Comme le confie Tatiana, «ce livre de la maturité m’a changée. A travers ce roman, je transmets une émotion qui va servir la mémoire.» Après avoir essuyé de nombreux refus, ce chef-d’oeuvre poignant est traduit dans quinze pays et va être adapté au cinéma. «Lancée dans un tour du monde, Sarah va apprendre ce qui s’est vraiment passé le 16 juillet 1942. Dans ma petite vie de bourgeoise de 45 ans, j’ai enfin la sensation d’avoir servi à quelque chose. Ce roman se termine sur une note positive car, il est indispensable de croire en la vie !»                          

Hannah E.
La revue Juive/mai 2007

Tatiana de Rosnay, "Elle s’appelait Sarah", éditions Héloïse d’Ormesson.

Publié dans Publication France

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