Article "Actualité Juive".3/3/07

Publié le par Blogsarah

Pour son huitième livre intitulé « Elle s’appelait Sarah », la journaliste romancière Tatiana de Rosnay s’est plongée dans l’histoire de la Rafle du Vél’ d’Hiv’. Quand la fiction sert au réveil des consciences et à la survie de la mémoire… Rencontre.
 
     
 
Actualité Juive : Comment est née l’histoire de « Elle s’appelait Sarah » ?

Tatiana de Rosnay :
Je me suis toujours intéressée à la mémoire des lieux. Je reste convaincue que les murs gardent en eux la trace et l’esprit de ce qu’ils ont pu abriter en événements douloureux. C’était d’ailleurs le thème d’un de mes romans « La mémoire des murs ». À l’occasion de ce livre, je suis tombée sur la rue Nelaton dans le XVe arrondissement. En toute franchise, je ne connaissais pas ce lieu. Née au début des années 1960, je n’ai pas appris cette histoire à l’école. J’ai commencé à me documenter. Au fur et à mesure de mes recherches sur le Vél’ d’Hiv’, j’ai été tour à tour effondrée, bouleversée, choquée, blessée. C’est pour tenter de réparer cette blessure que j’ai écrit ce livre.

A.J. : L’enquête menée par Julia dans le livre a été la vôtre ?

T.d.R. :
Oui. Le premier choc fut la découverte de Drancy. Je ne pouvais imaginer que des gens puissent habiter là après ce qui s’y était passé en 1942. Le second choc fut Beaune-La-Rolande. Il a fallu chercher longtemps les traces du camp d’internement et la plaque de l’ancienne gare. Dans ces deux villes, il s’était passé des choses terribles. Il n’en restait rien, même pas dans la mémoire de leurs habitants actuels. Je me suis posé beaucoup de question sur cette méconnaissance. Est-ce un manque de curiosité ? d’éducation ?

A.J. : Avez-vous ressenti une pression particulière à écrire sur une des pages les plus sombres de notre histoire ?

T.d.R. :
Oui. Je savais que je ne pouvais pas me tromper, que je n’avais pas doit à l’erreur. J’ai beaucoup retravaillé le texte avec des ouvrages historiques de référence afin de vérifier les dates, les lieux et les chiffres. Je suis une romancière pas une historienne, alors très vite j’ai compris que je devais ancrer mon récit dans le présent. Les histoires parallèles de Sarah en 1942 et de Julia en 2002 se sont très vite mises en place.

A.J. : En tant que non-juive, avez-vous eu peur de vous approprier cette histoire ?

T.d.R. :
Non. Cette histoire nous concerne tous. Je suis très perturbée quand des gens, non-juifs la plupart du temps, me demandent si j’ai écrit ce roman parce que je suis juive. Comme si finalement cette histoire appartenait aux juifs alors qu’elle fait partie de l’histoire de France. Des amis juifs m’ont remerciée, ajoutant : « Heureusement que vous n’êtes pas juive, personne ne pourra dire qu’il s’agit d’un témoignage d’un juif qui se lamente ».

A.J. : Comment expliquez-vous que vous ayez écrit ce livre en anglais ?

T.d.R. :
J’ai commencé l’écriture de ce livre pendant des vacances en Italie. Je me suis installée devant mon ordinateur et j’ai écrit. Ce n’est qu’en faisant lire les premières pages à mon mari que je me suis rendu compte que j’avais écrit en anglais. Aujourd’hui, avec le recul, je comprends mieux cette démarche. L’anglais est ma langue maternelle. Je jure en anglais, je m’énerve en anglais. C’est ma langue viscérale, celle qui sort des tripes. Je savais que j’allais devoir entrer dans des descriptions lourdes de sens et difficiles. Inconsciemment, l’anglais me donnait une distance nécessaire pour aller au bout.

A.J. : Pourquoi avoir fait le choix de ne révéler que très tard dans le récit le prénom de Sarah ?

T.d.R. :
J’ai voulu que le lecteur découvre le prénom de Sarah au même moment que Julia. C’est à ce moment-là que les deux histoires se rejoignent. Sarah dit son nom au moment où elle se retrouve livrée à elle-même : son père a été déporté, elle a été arrachée à sa mère, la petite fille avec qui elle s’est évadée va mourir. J’ai revu l’émission « La marche du siècle » consacrée aux 50 ans de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Tous les témoins disent la même chose : « Ce jour-là, je suis devenu un adulte ».

A.J. : Ce livre occupe- t-il une place particulière dans votre bibliographie ?

T.d.R. :
J’ai écrit ce livre entre juillet 2002 et mars 2003. J’ai mis trois ans à le faire éditer. Aujourd’hui, les droits ont été vendus dans 15 pays dont l’Italie, l’Allemagne, les Etats-Unis et Israël. J’ai conscience que ce qui m’arrive avec « Elle s’appelait Sarah » est exceptionnel. C’est le livre de ma vie.
 
     
  Propos recueillis par Virginie Guedj-Bellaïche  
 
 
 
 
 
 
 

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sonia 04/11/2008 11:46

bonjour j'ai lue votre livre avec une passion devorante. l'histoire m'a enormement touchée  et ne me laisse pas indiferente à ce qui c'est reelement passé.on peut se rendre compte que meme si c'est une fiction les faits reste vrais et  cette histoire a surment eu lieu dans la vie reel ce fu une veritable tragedie et  il faut surtout prendre concience de ca et ne jamais le reproduire pour le bien etre des générations à venir et ne pas oublier.

TR 07/11/2008 15:43


Merci Sonia pour votre message !
Tatiana de R


ines 17/07/2007 19:33

bien parler