Fnac.com : Rubrique Attention Talent !

Publié le par Blogsarah

Journaliste et écrivain, Tatiana de Rosnay s’attaque ici avec force et émotion à un sujet douloureux, la rafle du Vel d’Hiv’, en 1942, à travers l’histoire d’une journaliste américaine enquêtant en 2002 sur la disparition d’une enfant. Un beau roman à fleur de peau et de mémoire qui nous plonge, entre passé et présent, dans l’éternité d’une disparition, de toute disparition. Elle s’appelait Sarah, éternellement.

Vos lecteurs français ont peut-être été surpris de voir que ce roman était traduit de l’anglais. Pourquoi donc le choix de l’anglais pour rédiger ce livre douloureux sur la rafle du Vel’ d’Hiv’, le destin de Sarah et le passé de la France ? Etait-ce une protection que d’avoir recours à votre langue maternelle ?

Quand j’ai commencé à écrire ce roman, je ne me suis pas rendue compte qu’il « arrivait » en anglais. En effet, j’ai ressenti le besoin de me « réfugier » dans ma langue maternelle (ma mère est anglaise) pour soulever ce passé difficile de la France. Le fait d’avoir une héroïne américaine contemporaine, Julia Jarmond, m’a aussi donné envie de passer à l’anglais.

On sent ce livre à vif, comme une plaie ouverte. Un tel sujet, était-ce pour vous une épreuve, voire un exorcisme ?
Je connaissais mal la rafle du Vél d’Hiv dans ses détails. Née au début des années 60, je n’ai pas appris cette histoire à l’école. C’est en écrivant mon roman La Mémoire des murs (Plon, 2003) que j’ai voulu en savoir plus sur la rue Nélaton et la rafle. J’ai commencé à me documenter, et au fur et à mesure de mes recherches, j’ai été bouleversée et choquée. Et j’ai su qu’il fallait que j’écrive là dessus.

Quelques livres magnifiques ont été écrits en France au cours des dix dernières années sur le thème de la disparition (Dora Bruder, de Modiano), et aussi du retour des camps (Le Non de Klara, de Soazig Aaron). Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’histoire de Sarah ?
J’ai lu bien sûr ces livres, avec émotion. Peut-être que la spécificité de Sarah, c’est que je l’ai écrit en anglais, pour les raisons évoquées plus haut. Mon livre va paraître aux Etats-Unis, en juin 2007. Il me semble qu’aux USA, on ne connaît pas bien les détails de la rafle du Vel d’Hiv.

Le titre de votre livre en français est très beau. Comme si de l’abîme de la disparition subsistait quand même un prénom…
C’est Gilles Cohen-Solal des éditions Héloïse d’Ormesson qui a choisi ce titre, et la chanson de Jean-Jacques Goldman ‘Comme toi’ me poursuit depuis la sortie de livre.

Paris, 2002. Julia, journaliste américaine, couvre la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’ et prend la décision, contre l’avis de ses proches, d’enquêter sur la disparition d’une enfant, Sarah. Ce mélange entre la quête de vérité par la biais du journalisme et la mise en forme littéraire du vécu, c’est entièrement votre travail dans la vie réelle…
Pas exactement, car pour Psychologies, je critique les romans français, et pour ELLE, je recueille des témoignages pour la rubrique « C’est Mon Histoire ». Mais ce n’est pas loin, en effet !

Avez-vous procédé à une enquête de terrain pour obtenir un maximum d’informations sur la France sous Vichy ?
Oui, je me suis beaucoup documentée , je suis allée à Beaune-la-Rolande, à Drancy. J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur le 16 juillet 1942. J’ai rencontré des personnes qui ont échappé ce jour là à la rafle. Tous ces moments ont été parmi les plus émouvants et importants de ma vie.

Jacques Chirac a reconnu publiquement la responsabilité de Vichy sur la déportation des Juifs. Pensez-vous que malgré une telle mise au jour de la réalité historique, qui restera comme un moment fort de son bilan présidentiel, on continue de refouler en France ce passé honteux ?
Depuis Suite Française, depuis les 60 ans de la libération des camps, depuis qu’on rend hommage aux Justes, on dirait que ce passé là sort enfin de l’ombre.

La question du mal infligé aux enfants est bien sûr terrible… Sommes-nous tous d’une certaine manière les enfants de Sarah ?
Sarah était française, elle n’avait que 10 ans et sa vie a basculé le 16 juillet 42, comme pour les 4000 enfants du Vel d’Hiv. Je dirais que ces enfants là resteront à jamais nos enfants. A nous de protéger leur mémoire. A nous de ne pas les oublier.

La finalité de ce livre est-elle, en même temps, romanesque (raconter une histoire) et politique (participer au devoir de mémoire) ?
J'ai écrit ce livre en hommage à ces enfants qui ne sont jamais revenus. Je ne suis pas historienne, mais romancière, et j'ai écrit ce roman avec le cœur. J'ai écrit ce livre pour que l'on sache et que l'on n'oublie jamais.

Agnès Michaux a procédé à une bien belle traduction de votre livre. Pourquoi le choix d’Agnès Michaux ?
Oui, Agnès Michaux a fait une traduction superbe de mon livre. C’est Héloïse d’Ormesson qui l’a choisie pour me traduire et je pense qu’elle a eu parfaitement raison. On me demande souvent pourquoi je ne l’ai pas traduit moi-même, et je réponds que je ne suis pas traductrice ! C’est un véritable métier.

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